Allocution de l’Ambassadeur suite à l’attentat perpétré à Paris au siège de Charlie Hebdo

Allocution de l’Ambassadeur de France à Madagascar, M. François Goldblatt prononcée le 8 janvier 2015 à la Résidence de France, suite à l’attentat perpétré à Paris au siège de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Comme vous le savez tous, hier matin, par un seul et même acte frappé au sceau d’une totale préméditation et caractérisé par une cruauté inouïe, notre grande et belle patrie, berceau par deux fois, à deux siècles d’intervalle, de la proclamation des droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, notre capitale, symbole aux yeux du monde entier de la conquête de la liberté, et nos valeurs les plus chères, celles que nous avons héritées des Lumières, ont toutes trois été frappées au cœur, par des tueurs déterminés à perpétrer le carnage le plus meurtrier, le plus brutal, le plus lâche.

Au-delà de l’émotion, de la commotion et de la révulsion que chacun d’entre nous ressent au plus profond de lui-même, au-delà du caractère obscène du crime, ne nous y trompons pas : c’est à ce que nous sommes, à la société que nos aïeux et nous-mêmes avons voulu bâtir, à notre projet de vie en société, c’est à tout cela que les tueurs s’en sont pris. Hier à Paris, comme avant-hier à Londres et à Madrid, comme il y a une décennie à New York et à Washington, leur dessein s’est voulu tout à la fois simple et effroyable : faire disparaître, par la terreur et par l’intimidation, les traces de la civilisation que deux siècles et demi d’émancipation collective et individuelle ont permis d’édifier, voire même, pour les plus radicaux de ceux qui nous font la guerre, nous faire disparaître de la surface de la planète.

S’il n’est hélas pas possible, au stade où nous en sommes du conflit désormais planétaire qui oppose les nations civilisées aux forces de la régression, de prédire une issue rapide à cet affrontement, nous savons en revanche que, par le jeu combiné de la force des idéaux qui nous unissent, de la puissance du message des Lumières et, plus prosaïquement, de l’arsenal de prévention et de réaction dont, avec nos alliés, nous disposons, nous parviendrons, immanquablement et inéluctablement, et ce doit être pour chacun d’entre vous un motif d’espérance, à l’éradication de ce mal de l’esprit et à l’anéantissement de cette perversion de la pensée surgis du fond des âges. Cette victoire finale, que nous savons certaine, ne sera néanmoins acquise qu’après bien des efforts et bien des douleurs. Elle prendra, et nous devons en être conscients, beaucoup de temps, peut-être une génération, peut-être davantage. C’est pourquoi, confrontés à ce combat de longue haleine, nous devons, plus que jamais, rester tout à la fois fermes et sereins, calmes et vigilants, unis et déterminés.

A cet égard, si Madagascar n’est pas aux avant-postes de la ligne de fracture qui provoque, sur quatre continents, tant de victimes civiles et militaires, tant de victimes, faut-il le rappeler, de toutes origines et de toutes confessions, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas nous considérer comme immunisés face à une menace transversale qui, nous le savons, sait hélas prospérer partout où elle détecte des failles. Plus spécifiquement, si nous ne disposons d’aucun indice précis ni même particulier quant à l’existence d’une menace identifiée concernant les installations et les intérêts français sur la Grande Ile, nous devons néanmoins prendre toutes les précautions de nature à ne pas nous exposer par négligence.

A cet effet, dès hier soir, les autorités malgaches qui, plus tôt dans l’après-midi, par la voix du directeur de Cabinet du Président de la République et celle de la ministre des Affaires étrangères, m’avaient assuré de leur total soutien, ont commencé à étudier, à notre demande et via le ministre de la Sécurité publique, les mesures de sécurisation additionnelles dont le détail sera développé lors du comité de sécurité exceptionnel que j’ai convoqué pour cet après-midi, et qui se tiendra ici même.

Le sens du message appuyé que nous transmettons depuis hier aux autorités malgaches est que, quand bien même la Grande Ile n’est pas, loin s’en faut, un théâtre d’opérations pour le terrorisme international, ni le gouvernement malgache ni cette ambassade ne peuvent prendre le risque d’offrir un flanc négligemment exposé à ceux qui seraient tentés d’émuler la folie meurtrière qui a frappé, tour à tour, ces dernières années, nos alliés américains, puis les grandes capitales européennes, jusqu’à l’infamie perpétrée hier en plein Paris.

Cette journée du 8 janvier ayant été décrétée hier soir par le Président de la République journée de deuil national, je vous convie à une minute de silence en hommage aux victimes de ce massacre, une minute que je vous propose de consacrer à la méditation des propos lumineux prononcés, depuis les deux rives de l’Atlantique, en guise de pacte d’unité des nations civilisées face à l’agression barbare d’hier matin à Paris, tour à tour par le président des Etats-Unis d’Amérique et par le président de la République française. Aux propos de Barack Obama, qui n’émanent pas par hasard du chef d’une nation avec laquelle nous avons, dans le passé, partagé tant de combats au nom de la liberté, ont répondu ceux de François Hollande. Ecoutons le président américain : « La France et la merveilleuse ville de Paris où cette attaque scandaleuse a eu lieu sont, pour le monde, une référence intemporelle, qui demeurera bien au-delà de la vision haineuse de ces tueurs ». Ecoutons le président François Hollande : « Aucun acte barbare ne saura jamais éteindre la liberté de la presse. Nous sommes un pays qui saura réagir et faire bloc. » Avec ces deux déclarations en tête et au cœur, forts de l’assurance qu’autorisent des propos qui nous permettent d’entretenir un espoir fondé sur la raison quant à l’issue du combat en cours, rendons hommages à ceux qui ont été assassinés hier et joignez-vous à moi pour une minute de silence./.

Dernière modification : 09/01/2015

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