Départ de l’Ambassadeur Jean-Marc Chataigner

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DISCOURS PRONONCE PAR L’AMBASSADEUR DE FRANCE,
JEAN-MARC CHATAIGNER, A L’OCCASION DE SON DEPART DE MADAGASCAR, POUR DIRE AU REVOIR (MERCREDI 30 MAI 2012)

remarque : seul le prononcé fait foi.
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Je tiens à vous remercier d’être tous présents ici ce soir : c’est pour moi un très grand moment d’émotion et d’amitié partagées.

Je dois évidemment vous dire mon regret de quitter Madagascar au milieu du gué : la crise commencée avant 2009 (on l’oublie trop souvent) n’est malheureusement pas encore achevée. Les horizons administratifs français ne sont manifestement pas encore tout à fait adaptés aux rythmes malgaches, même si je suis l’Ambassadeur de France resté le plus longtemps sur la Grande Ile depuis Camille Rohou….

Je ne peux pas vous cacher avoir ressenti une certaine frustration par rapport à la durée de cette crise. Je regrette que les intérêts particuliers et personnels l’aient souvent emporté sur l’intérêt général. Je regrette que la communauté internationale ayant parfois accompli l’essentiel du travail, je pense à la signature des accords de Maputo et Addis Abeba en 2009, n’ait pas jugé bon d’accompagner leur mise en œuvre. Je regrette toutes ces années perdues pour le peuple et pour le développement de Madagascar.

En même temps, je pars aussi évidemment avec un sentiment d’espoir. Une feuille de route a été signée. Elle doit être appliquée avec l’accord de toutes les parties prenantes. C’est le seul chemin de sortie de crise. Sans élections, il ne peut y avoir de démocratie. Mais les seules élections ne suffiront pas – on l’a vu en 2002 et 2007 - la démocratie, votre démocratie, devra se construire au quotidien avec des mesures de réconciliation, de lutte contre l’impunité et la corruption, de respect des libertés publiques, très probablement une meilleure recherche d’équilibre des pouvoirs. Il faut pour cela qu’un élément central de la culture malgache, votre culture, le « Henamaso », soit dompté et mis au service du citoyen.

C’est au peuple malgache, et à lui seul, de trouver ce chemin de la démocratie dans le respect total de sa souveraineté et évidemment des grands principes internationaux fixés par les chartes des Nations Unies et de l’Union Africaine. La communauté internationale peut accompagner mais ne peut en aucun cas se substituer à cette responsabilité. Nous devons tous aider la SADC dans ses fonctions de médiation et d’arbitrage déterminées par la feuille de route et agréées par les acteurs politiques malgaches. La communauté internationale ne doit pas, ce qu’elle fait nulle part ailleurs dans le monde dans de telles situations de crise, rajouter de la division aux divisions. Les déclarations intempestives ne sont pas utiles, elle rajoutent de l’huile sur le feu.

La situation malgache appelle au contraire une implication accrue de l’ensemble des partenaires internationaux pour aider le pays à faire face à ses défis. Le plein retour des Institutions Financières Internationales, FMI et Banque Mondiale, est essentiel pour aider à l’établissement d’une véritable gouvernance démocratique et lutter contre tous les trafics mafieux et illégaux. La reprise de l’aide, notamment celle de l’Union Européenne, est cruciale pour permettre aux femmes, aux enfants, aux plus faibles d’avoir accès aux services sociaux de base. Le droit d’aller à l’école, le droit pour une maman d’accoucher sans craindre pour sa vie ou celle de son bébé, le droit de manger à sa faim, ce sont aussi des droits de l’Homme, dont on ne parle pas assez à Madagascar. Je suis particulièrement fier que mon pays ait décidé de poursuivre pendant toute cette période de crise son aide au développement à Madagascar. Le peuple malgache n’a pas à subir une double-peine : celle de subir les conséquences de la crise politique et de l’instabilité ; celle de subir les conséquences de sanctions économiques et commerciales.

Je l’ai déjà dit. Je vous le répète. Je crois fondamentalement que Madagascar à toutes les capacités pour sortir du cercle vicieux du sous-développement et de l’appauvrissement, rejoindre la croissance économique d’un certain nombre de pays de l’Asie et d’Afrique, devenir ce que j’ai appelé un dragon de l’Océan Indien, s’affirmer comme un partenaire économique commercial fort et respecté des pays européens et occidentaux. Ce n’est pas de la science-fiction. Cela se produira, j’en suis convaincu, dans les prochaines années. Le nombre d’énergies positives que compte votre pays est impressionnant : elles ne demandent qu’à être fédérées autour de cet objectif en poursuivant un investissement, le plus massif possible, dans les secteurs de l’éducation et de la santé, en établissant un système juridique stable propice au développement des entreprises, en construisant votre avenir autour d’un projet national. Les communautés présentes à Madagascar, qu’elles soient Française, Indo-pakistanaise ou Chinoise, ont tout à gagner avec vous de ce décollage, dans le respect de vos valeurs et de votre identité.

Je ne peux terminer mon intervention sans remercier tous les amis français, malgaches, internationaux qui m’ont aidé pendant mon séjour à Madagascar. Dans l’adversité aussi, face aux rumeurs malveillantes, aux interprétations fallacieuses de la politique diplomatique française à Madagascar, aux attaques personnelles et souvent diffamatoires, j’ai toujours pu compter sur vos soutiens et votre amitié. Je vous en remercie profondément. Grâce à vous tous, j’ai aussi découvert un pays passionnant et formidable, un peuple extraordinairement bienveillant et accueillant. Je garderai de mon séjour une expérience de ma vie unique que je ne pourrai jamais oublier….

Misaotra eram-po, eran-tsaina

Dernière modification : 05/06/2012

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