Départ de la Première conseillère, Mme Marie-Annick Bourdin

Chère Marie-Annick,

Nous sommes réunis autour de vous pour célébrer ce soir votre départ de Madagascar dans quelques jours. Vous allez en effet nous quitter pour une promotion bien méritée et franchir le canal du Mozambique. Vous êtes en effet nommée, pour ceux qui ne le savent pas encore, Ambassadrice en Zambie et vous serez peut être aussi, si les autorités de Malawi vous en laissent le loisir, accréditée à Lilongwe.

Le départ d’un collaborateur direct, avec lequel vous avez travaillé quotidiennement, vous avez échangé librement, vous avez bâti ensemble des analyses communes, fondé mutuellement des espoirs et des espérances, est toujours un moment de déchirement. Je dois vous dire, chère Marie-Annick, que ce moment de déchirement est particulièrement fort ce soir en raison de tout ce que nous avons traversé depuis notre arrivée pratiquement simultanée à Madagascar. J’y reviendrai. Ce regret de vous voir partir pour de nouveaux horizons, de vous voir quitter ce pays que, comme moi, vous aimez tant, est cependant tempéré par la reconnaissance évidente de vos mérites, à travers cette très belle promotion.

Je dois vous l’avouer, chère Marie-Annick, Madame l’Ambassadrice, je suis très honoré de pouvoir vous compter désormais parmi mes collègues. Votre nomination comme Ambassadrice, à laquelle je crois j’ai pu très modestement contribué (en faisant part de tout le mal que je pense de vous à nos autorités…), est un hommage rendu à un parcours professionnel exemplaire, qui vous a conduit de Katmandou à Tananarive, en passant par Paris, Jakarta, Bruxelles, Rabat et Strasbourg.

Conseillère des Affaires étrangères, issue du concours orient du Département, vous avez pu faire valoir à Madagascar, dans la situation délicate de crise que nous traversons depuis décembre 2008, des qualités humaines et professionnelles reconnues. Je me contenterai de relever parmi celles-ci votre droiture, votre loyauté, votre rigueur, votre franchise, votre pugnacité à faire entendre votre point de vue, votre intégrité morale et intellectuelle, votre capacité de travail quasiment illimitée (chers amis, la nuit, lorsque vous passez devant l’ambassade et que vous voyez un bureau allumé vous pouvez parier pratiquement à coup sûr qu’il s’agit de celui de Marie-Annick…).

Marie-Annick, dite aussi MAB, si vous me le permettez, je vous qualifierais comme un roc diplomatique, un roc qu’on ne déplace pas comme cela au gré des modes ou des humeurs, un roc inébranlable qui résiste au ressac et à toutes les vagues, aux intempéries, aux tornades et aux cyclones, un roc sur lequel on peut compter dans les moments les plus difficiles. Pour vous caractériser, m’est revenue une très belle citation de l’écrivain chinois Lu Xun : « Celui qui sait prendre part courtoisement au banquet où il a été admis à s’asseoir, mais qui sait dire ensuite poliment et fermement à ses hôtes leur quatre vérités, celui-là est un homme véritablement admirable ». Celle-là est une femme véritablement admirable.

Marie-Annick, je souhaiterais ici sincèrement vous remercier de l’appui que vous m’avez apporté, de la confiance totale que j’ai pu avoir en votre capacité pour me seconder et animer le travail de toute l’équipe de l’ambassade, de l’enthousiasme enfin que vous avez mis au service de la politique française à Madagascar et du développement de nos relations bilatérales avec la Grande Ile.

Cette politique, conduite dans le contexte de crise que nous connaissons, je crois que nous pouvons être légitimement fier de ce qu’elle est : (1) un engagement sans faille pour le rétablissement de la démocratie à Madagascar à travers l’organisation d’élections libres, équitables et transparentes ; (2) un appui constant à tous les efforts de réconciliation de paix et de recherche de sortie de crise de tous les acteurs nationaux et internationaux concernés ; (3) le maintien de notre solidarité pour la population malgache, première victime des conséquences de la crise politique, à travers la décision que nous avons prise de maintenir notre aide publique au développement en faveur de la Grande Ile.

Les écueils rencontrés dans la mise en œuvre de cette politique ont été nombreux, mais je crois qu’avec votre aide, Marie-Annick, qu’avec l’appui de toute l’équipe de l’ambassade, le soutien que nous avons toujours eu également du ministère des Affaires étrangères et européennes à Paris, nous avons pu les surmonter et tenir un langage diplomatique clair, cohérent, non ambigu, privilégiant nos principes et nos valeurs et n’acceptant pas les compromissions. Les contempteurs habituels de notre politique en ont été pour leur frais. Ils en ont été réduits à inventer des rumeurs d’une absurdité insondable, oubliant ainsi, c’est un proverbe de mon pays côtier normand qui le dit, que l’on peut aussi se mettre en danger en voulant à tout prix cracher contre le vent…

La signature de la feuille de route le 17 septembre dernier, le démarrage de la mise en œuvre de cette feuille de route à travers la désignation d’un Premier Ministre de consensus le 28 octobre, la constitution prochaine d’un véritable gouvernement d’Union nationale, sont autant d’étapes décisives de cette sortie de crise que nous espérons et attendons tous pour Madagascar. Je tiens ici à saluer publiquement une nouvelle fois le rôle extraordinairement positif tenu par la SADC dans l’élaboration d’une solution politique à cette crise, en particulier l’implication du médiateur, le Président Chissano, de son représentant spécial, le Dr. Simao, et plus récemment de la Troïka de la SADC conduite d’une main énergique et déterminante par le Vice-ministre des Affaires étrangères Sud-africain, M. Marius Fransman. On entend beaucoup de choses sur la feuille de route, beaucoup de critiques, beaucoup de mauvaises interprétations, mais le proverbe, cette fois-ci africain, est là pour nous rappeler que « le coassement des grenouilles n’empêche pas l’éléphant de boire »…Les mauvaises paroles, j’en suis convaincu, n’empêcheront pas la feuille de route de se mettre en place.

Je forme donc le vœu avec vous Marie-Annick, que la fin de cette période de transition, avec l’organisation des élections et le travail de paix et de réconciliation qui devra être immanquablement conduit entre les mouvances protagonistes, permette à Madagascar de faire face à ses immenses défis de développement. Parmi ceux-ci figurent : l’absorption du choc démographique, la poursuite des efforts en vue de l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le Développement, la mise en place d’une véritable gouvernance démocratique au bénéfice du peuple malgache. Nulle part, nous l’avons encore vu en début d’année dans les pays arabes, impunité et corruption ne peuvent durablement faire bon ménage avec la démocratie. Nulle part la démocratie ne peut se construire sur la misère galopante et l’accroissement des inégalités sociales.

Chère Marie-Annick,

Au moment où vous quittez donc Madagascar, j’espère que vous ferez mieux connaître la Grande Ile outre Canal, que vous travaillerez en particulier avec le COMESA pour faire mieux entendre la cause de l’Océan Indien et de Madagascar, que vous continuerez ainsi à contribuer à l’établissement de relations sereines entre la France et tous les pays de la région.

Enfin, pour vous aider dans votre mission, je souhaiterai partager avec vous un vieux précepte huguenot que m’a confié une vieille amie protestante en France avant mon départ pour Madagascar : « garde en toi l’essentiel et l’essentiel te gardera » !

Dernière modification : 15/11/2011

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