Ils ont une mère

La mission de défense à Antananarivo présente toutes ses condoléances aux familles et sa solidarité aux compagnons d’armes d’Antoine Le Quinio et Nicolas Vokaer morts pour la France en République centrafricaine.

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Interprètes du cœur que la chaleur accablante et silencieuse qui écrase Mahajanga a flétries, les gerbes de fleurs déposées au pied du monument aux morts ont toutefois conservé quelques couleurs.

Déposées aux pieds du monument elles ont nargué de leur jeunesse éphémère les cérémonies du 11 novembre dernier, en transformant un instant les pieds de l’ange en jardin pour évoquer notre douleur et notre reconnaissance à ceux qui nous ont quittés.

Aujourd’hui dans ces heures chaudes de décembre alors que rien ne trouble l’inertie du lieu, ni un passant, ni un vol d’insecte, ni même le souffle du vent, je suis face au monument aux morts et je pense à nos derniers soldats morts pour la France devant ces couronnes fanées qui semblent là avoir ralenti par avance leur trépas pour les honorer.

Le soleil brille dans un ciel moutonné de nuages blancs mais ce jour est triste et chaque jour où un soldat meurt m’apparaît toujours plus triste. Il faut dire que ces soldats ont maintenant l’âge de mes enfants et je pense donc naturellement à leur famille, à des pères et des mères inconsolables. La dernière pensée, le dernier mot prononcé par ces soldats tombés au champ d’honneur furent sans doute pour ces dernières. C’est pour cela qu’à cet instant depuis cette terre malgache à l’intention de toutes les mères de soldats j’ai voulu partager ce poème écrit dans une tranchée par Paul Vernet, sergent d’infanterie mort des suites de ses blessures en 1922 pour simplement leur dire que dans les moments les plus difficiles elles restent près d’eux :

Maman ! C’est un soir triste où traîne du chagrin.
Ton souvenir descend me prendre par la main.
Et je sens là, sur mon cafard, vêtu de boue,
L’auréole de feu de tes yeux, et ta joue.
 
Je te revois chez nous, dans la salle à manger.
Ton profil grave et fin, qu’un calvaire a changé,
Sous la lampe, s’endort. Tu songes lasse, absente,
Près de ma chaise vide au feu doré qui chante.
 
Je me rappelle et Jules Verne et Robinson,
Andersen, Paul d’Ivoi, les livres de leçons
Que je n’entr’ouvais, l’armoire aux confitures
Que j’ouvrais, et le chat, tout noir dans la verdure.
 
Et les coups d’œil jetés sous mon petit lit chaud,
Les bâillements du noir, les voix des bibelots.
Tu venais me border ; tu m’embrassais légère,
Et je m’endormais mieux, en disant ma prière.
 
« Mets donc ton cache-nez ! Il pleut, il fait du vent !
Sois prudent, mon petit. » Depuis je les comprends
Tes baisers trop brulants, tes caresses trop tendres,
Que les enfants heureux ne peuvent pas comprendre.
 
O mères, vous souffrez plus que nous souffrons nous.
Chaque coup de fusil résonne en vos cœurs doux,
Et vous sentez saigner dans l’ombre vos chairs nues,
Chaque fois qu’on nous fait du mal et qu’on nous tue ;
 
Maman ! … Maman ! … Ce soir où traîne du chagrin,
Voilà sur mes cheveux la tiédeur de tes mains !
Mon désespoir s’appuie au canon de mon arme…
Je t’adore en silence, avec de grosses larmes.
Paul Vernet

La mission de défense à Antananarivo présente toutes ses condoléances aux familles et sa solidarité aux compagnons d’armes d’Antoine Le Quinio et Nicolas Vokaer morts pour la France en République centrafricaine.


Colonel Nicolas GRAFF

Attaché de défense

Dernière modification : 16/12/2013

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