Interview de l’Ambassadeur avec le journal Gazetiko

Retrouvez l’interview de l’Ambassadeur de France au Journal Gazetiko l’occasion du 14 juillet 2016.

1-Le 26 juin dernier, au Palais d’Iavoloha, vous avez promis d’aider Madagascar dans le but d’améliorer la sécurité durant le sommet de la francophonie. Est-ce que vous pouvez préciser les formes d’aide ainsi que le budget que la France a prévu d’octroyer dans le volet sécurité.

Vous connaissez le contexte sécuritaire international. Ce qu’il s’est passé au stade municipal de Mahamasina le 26 juin dernier renforce encore l’attention portée à la sécurité. La partie malgache a, sur ce point, sollicité des pays membres de l’OIF, dont la France. Pour ce qui concerne mon pays, plusieurs missions se sont très récemment rendues à Madagascar durant la 42e session de l’Assemblée plénière de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie qui vient de s’achever pour, justement, tester, en grandeur nature, certains aspects du dispositif sécuritaire pour lesquels les autorités malgaches nous avaient sollicités. Même si les conditions générales et le format n’étaient pas identiques à ceux du sommet de novembre, qui sera plus important avec beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernement, ces missions doivent permettre d’évaluer de façon précise les matériels, les méthodes et les comportements qu’il faudra adopter lors du sommet de l’OIF de novembre. Et puis, entre juillet et octobre, il y aura encore d’autres coopérations ; je pense notamment en août à une formation à destination des forces armées sur la sécurisation des points sensibles, les check-points, les escortes etc. Mais il est sans doute encore trop tôt pour tirer tous les enseignements des missions qui viennent de s’achever.

2-En vue du sommet de la Francophonie, est ce que vous êtes convaincue que les infrastructures d’accueil seront prêtes à temps ainsi qu’en termes de sécurité ?

Ca n’est pas vraiment à moi de porter un jugement sur l’état d’avancement des travaux entrepris et qui perdureront bien après les sommets de cette seconde moitié de l’année. C’est au pays hôte et à l’OIF d’évaluer cela, ce qui explique d’ailleurs les missions régulières qui sont faites. Le site principal pour la tenue du sommet est le CCI d’Ivato qui va accueillir la séance d’ouverture et les débats. Comme vous le savez, c’est un équipement déjà existant et opérationnel qui doit faire l’objet d’un rafraîchissement et de quelques aménagements. J’ai pu constater, il y a quelques semaines déjà, qu’ils ont été engagés et qu’une nouvelle salle plénière est en train de sortir de terre. L’essentiel me semble donc être assuré. Vous avez vu que la Secrétaire générale de l’OIF, Mme Michaëlle Jean, était ces jours derniers à Madagascar pour participer à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, une opportunité aussi j’en suis sûr de suivre l’avancement des préparatifs en vue du sommet de novembre.

3-La France est toujours critiquée par les nationalistes malgaches d’être derrière les manipulations qui portent atteinte à la souveraineté nationale, notamment l’explosion meurtrière du 26 juin dernier. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Comme vous le dites, la France est souvent critiquée. Dans le même temps, mon pays peut être critiqué par certains pour son absence supposée d’action, et par d’autres pour un interventionnisme coupable. Le fait d’être le bouc émissaire « naturel » est la contrepartie, je suppose, du fait que la France est aussi dans maints domaines la référence ou l’une des références. Je ne dis pas que je m’y suis habituée mais c’est une donnée avec laquelle il faut vivre et continuer à travailler. Quant à envisager que la France qui a été meurtrie si profondément par des attaques terroristes sur son sol, avec d’importantes pertes en vies humaines, pourrait être derrière l’acte insensé du stade municipal, je trouve ça évidemment malveillant, irresponsable et surtout dangereux. Vous me donnez en tout cas l’occasion de réitérer mes sentiments de compassion et de solidarité avec les familles des victimes innocentes du stade, comme je l’ai fait au lendemain de cet acte odieux et comme l’a fait également le porte-parole du Ministre des affaires étrangères français.

4-Quelle serait éventuellement l’impact pour Madagascar de la sortie de la Grande Bretagne de l’union Européenne ?

Avec cette décision sans précédent, il est difficile d’anticiper toutes les implications de cet évènement inédit. Le Royaume-Uni est un partenaire de Madagascar, notamment en termes d’investissement, et le demeurera probablement à l’avenir. A court terme, le Royaume-Uni reste un membre à part entière de l’UE, un membre engagé, y compris à Madagascar. Le BREXIT n’a pas de conséquence immédiate et les engagements de l’Union européenne seront bien sûr respectés.

5-En tant que nouvel ambassadeur, est ce que la France envisage une nouvelle politique par rapport à Madagascar du fait que l’Etat Français a écourté les séjours à Madagascar de votre prédécesseur ?

La France souhaite que Madagascar réussisse, que les Malgaches vivent mieux et que l’économie de leur pays décolle. C’est l’intérêt de Madagascar et sa population, et c’est l’intérêt de tous ceux qui investissent ici qu’ils soient malgaches ou français. Cela a toujours été la politique de la France vis-à- vis de la Grande île. De ce point de vue, la communauté internationale et la France partagent le même objectif. Toute mon action depuis mon arrivée à Madagascar en septembre dernier est allée dans ce sens. Ce pays a besoin d’une stabilité qui est la condition de son redressement économique. Les crises politiques successives qu’a traversées Madagascar depuis son indépendance ont toujours été accompagnées de régression économique avec tous les problèmes sociaux que cela implique. La pauvreté n’a cessé de croitre, le PIB par habitant de chuter etc. Il faut que le pays rompe avec ces cycles destructeurs et se tourne résolument vers l’avenir. Sans stabilité, pas d’avenir possible. J’entends ici et là parler d’élections anticipées, qui voudraient dire un retour en arrière. Est-ce vraiment ce que veulent la majorité des Malgaches qui ont tant de mal à vivre au quotidien. Je pense que ces Malgaches aspirent à vivre en paix, dans un environnement économique qui leur permette de vivre décemment.

6-La France est très active dans le domaine de la justice et de la bonne gouvernance. Or actuellement, beaucoup de critiques sont émises contre le régime actuel dans ces domaines. Qu’en pensez-vous ?

La France est attentive à la gouvernance démocratique, un terme qui traduit notre attachement aux processus démocratiques et à la défense des libertés fondamentales. Cette approche implique que notre engagement ne se limite pas au seul soutien institutionnel mais concerne également la société civile et de nombreux partenariats entre écoles de formation (ENAM, école des Finances publiques, Ecole Nationale de la Magistrature, écoles des Douanes etc…). Nous avons proposé ainsi des experts techniques auprès de plusieurs ministères : justice, finances et budget, Ministère des Projets Présidentiels, de l’Aménagement du Territoire et de l’Equipement, ministère de l’éducation nationale, mais également auprès de la Gendarmerie et de défense. Je tiens à rappeler aussi que l’année 2015 a été celle de la relance de la coopération parlementaire entre les chambres françaises et malgaches, coopération que nous soutenons avec d’autres partenaires tels que le PNUD et l’APF, pour répondre aux besoins de formation établis par l’Assemblée nationale et le Sénat malgaches. A cet égard, la tenue de la 42ème session de l’Assemblée générale de l’Assemblée Parlementaires de la Francophonie à Madagascar est très importante. Dans le secteur de la Justice, je soulignerai le projet « Appui à la Sécurité Juridique et Judiciaire » qui s’inscrit dans un partenariat de longue date et dans notre compréhension commune que la Sécurité juridique permet d’éviter les conflits. La force du droit est essentielle dans une société démocratique notamment pour lutter contre la corruption. Je pense que l’une des raisons de la rupture de confiance entre le citoyen et sa justice tient à une absence de moyens. Mais c’est aussi souvent le recours à des pratiques préjudiciables à une justice juste et transparente. C’est là que nous voulons apporter notre aide avec mes collègues de la communauté internationale et au travers d’un dialogue franc et constructif avec le gouvernement. Madagascar a besoin de stabilité pour retrouver la croissance économique et une amélioration des conditions de vie de toute la société.

7-La revendication des Iles Eparses par les nationalistes est plus que jamais d’actualité, est ce que le dossier a avancé par rapport à ce que vous avez déjà expliqué la dernière fois ?

Comme vous le savez les Présidents français et malgache se sont entendus pour que des discussions s’ouvrent sur ce dossier au niveau des hauts fonctionnaires. Je réitère cette intention partagée. Ce type de dialogue est un exercice de longue haleine qui doit se tenir dans la sérénité et la confiance pour pouvoir aboutir. Si vous me permettez d’ajouter un mot de portée générale en cette période de l’année où la France célèbre sa fête nationale, quelques jours après les célébrations de la fête nationale malgache, endeuillée comme on le sait. Une fête nationale est toujours un moment fort dans la vie d’une Nation, il permet de se retrouver sur les valeurs essentielles que partage le peuple et d’envisager les étapes à venir. Ce peut être aussi l’occasion de faire une sorte de bilan d’étape de ses relations avec les autres. Cela fait presque un an que je suis arrivée à Madagascar, et je voudrais dire à vos lecteurs que je suis particulièrement fière d’avoir la chance d’y représenter mon pays. Notre histoire commune ne doit pas être perçue comme un handicap mais au contraire comme un bien commun. La coopération de la France et de Madagascar est très variée, dans les domaines de l’éducation, de la justice, de la santé, de la recherche etc. Au bout du compte, elle n’a pas d’autre ambition que d’aider ce magnifique pays à prendre son destin en main et à en faire le succès que son peuple mérite. Pour ça, il faut que nous travaillions ensemble et en confiance. J’attache beaucoup d’importance à la confiance entre les partenaires malgaches et français.

Dernière modification : 18/11/2016

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