La place de la France dans l’Océan Indien

Quelques éléments de contexte :

• Une présence ancienne : prise de position de l’Ile Bourbon au nom du Roi de France en 1642, prise de possession de Maurice en 1715 (s’appellera Ile de France), tentative de colonisation de Fort Dauphin par Etienne de Flacourt en 1643 (échec et massacre des Français en 1678). Océan indien : enjeu de rivalité des deux superpuissances de l’époque (France et Angleterre). La Réunion a été française avant Nice, la Savoie, la Corse, l’Alsace-Lorraine…

• Une géographie partagée. Un ancien collègue Ambassadeur en Croatie, qui était un géographe patenté, me répétait souvent que la géographie aime à se venger de l’histoire… Cette géographie, dans l’Océan Indien, on ne peut la nier : les Comores, Madagascar, Maurice, ont une proximité géographique plus forte avec la France que la Suède, la Pologne, la Lituanie ou la Grèce.

• Une présence humaine forte : un million de Français de l’Océan Indien sur une population totale de 23 millions. Un exemple significatif : la Communauté française à Madagascar est de l’ordre de 25 000 personnes (le même nombre que lors de l’indépendance). Nous avons à Madagascar le quatrième réseau scolaire d’enseignement français au monde.

• Une présence culturelle en expansion et non pas en peau de chagrin : notre langue française est dynamique et en expansion dans l’Océan Indien. La langue française est la langue de communication de l’Océan Indien : la lingua franca. Là aussi une histoire forte : la première alliance française au monde a été créée à Maurice. L’Alliance Française de Madagascar est la troisième au monde après le Brésil et le Mexique.

• Une présence économique réelle : sans doute trop verticale, pas assez horizontale ou transversale, pas assez intégrée, mais constituée d’un réseau dense de PME, souvent dans des secteurs innovateurs : les industries renouvelables à La Réunion, les TIC à Maurice et à Madagascar. Exemple : 650 entreprises françaises ou à capitaux français présentes à Madagascar.

Au vu de tout cela, j’aurai envie d’abuser de mon privilège d’orateur pour reformuler le titre de l’exposé, ne plus vous parler de la France « dans » l’Océan Indien, mais « de » la France de l’Océan Indien, et cette France de l’Océan Indien, elle doit gérer avec tous les pays partenaires de la région, les Seychelles, les Comores, Maurice, Madagascar, « dans un même bateau »,un certain nombre d’enjeux et de défis communs. Il s’agit de gérer à l’échelle régionale des Biens Publics Mondiaux (l’eau, les ressources halieutiques, la préservation de la biodiversité) et de faire face à des menaces globales transfrontalières, dont l’exemple le plus caractéristique est la piraterie. Il s’agit pour tous les pays de l’Océan Indien, dont la France de l’Océan Indien, de faire de cette région un pôle de compétitivité mondial, tirant mieux parti de ses complémentarités et ressources naturelles.

A partir de cet enjeu de coopération régionale pour la France de l’Océan Indien, mon exposé se décomposera en deux parties :
(1) Comment lever les ambigüités, les obstacles, les réticences, les non-dits au développement régional ? Il faut casser un certain nombre de barrières.
(2) Quels sont les objectifs partagés au service de la construction du pôle compétitivité de l’Océan Indien dans l’Economie mondiale ?
Premier point : casser les barrières et lever les obstacles au développement régional.
(1) Il est tout d’abord impératif de résoudre les conflits territoriaux (et/ou maritimes) ou tout au moins être assez intelligent pour les traiter différemment et ou les mettre de côté. Une approche intéressante a été celle développée par la France et Maurice pour aboutir le 7 juin 2010 à un accord-cadre de cogestion de l’île de Tromelin. Personne ne renonce à sa revendication de souveraineté sur cette île, mais les deux parties acceptent de mettre de côté leur différend pour convenir d’exploiter ensemble les ressources existantes. Une approche coopérative se substitue à l’expression stérile de désaccords insolubles. De mon point de vue, cet accord-cadre de cogestion ouvre donc des perspectives partenariales intéressantes entre la France et Madagascar, en ce qui concerne la gestion des Iles éparses du canal du Mozambique, dès lors naturellement que Madagascar aura un Gouvernement élu. Pour aller au-delà, ce n’est sans doute pas pour demain, mais il y aussi peut être une piste à explorer sur la délicate relation entre les Comores et Mayotte.
(2) La seconde question à traiter dans l’espace régional est la réduction des disparités existantes, la diminution des écarts pour conduire à un rapprochement des modèles économiques et sociaux. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais l’objectif doit être là. Cela suppose des investissements importants dans les infrastructures des pays les plus en retard comme Madagascar ou les Comores (ports, aéroports, énergie...), renforcer les facteurs de compétitivité.
(3) Il faut aussi dans cet exercice de rapprochement promouvoir un modèle de stabilité et de démocratie dans la région. L’Océan Indien a tous les ingrédients, une fois la transition démocratique conduite à bien à Madagascar, pour devenir un pôle de référence démocratique, être une force d’entrainement pour le continent Africain.
Second point : établir un certain nombre d’objectifs partagés.
(1) Renforcer la sécurité régionale : faire face ensemble à de nouvelles menaces de déstabilisation (piraterie, criminalité organisée). La coopération régionale est aussi indispensable pour faire face à des menaces plus classiques comme les cyclones et le développement de certaines maladies endémiques. Je ne peux manquer de citer la lutte contre le changement climatique qui dans le contexte insulaire s’avère crucial.
(2) Investir dans le développement humain (santé et éducation). Là-encore il faut bâtir des complémentarités, avec de véritables filières professionnelles. Il faut faciliter la circulation des expertises.
(3) Etablir de véritables synergies économiques régionales, avec des filières de développement et des labellisations communes (une remarquable illustration : le concept des Iles Vanille pour le tourisme).
(4) Gérer le bien commun environnemental : la mer, la forêt, une biodiversité unique.

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Dernière modification : 28/10/2011

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