Le cimetière d’Anjahanary

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Expéditions, conquêtes, conflits, maladies, ... dans leur grande confusion, ont abandonné, au hasard du temps et des lieux, des sépultures militaires françaises sur Madagascar. Une première tâche a été de gérer le douloureux problème du décompte de ces tombes pour assurer leur remise en état et leur entretien. Pour cela il a fallu méticuleusement fouiller archives et documents pour accéder aux recensements, aux registres, aux témoignages de ces ensevelissements. Il fallait aussi avoir le bagage de connaissances pour respecter cette culture malgache qui fraie avec la mort et le culte des ancêtres. Soixante-dix cimetières, huit mille huit cent sépultures furent identifiés mais il fallait l’engagement financier de la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives -DMPA- sans lequel rien n’était possible. Elle a suivi. Face à l’ampleur d’un travail qui ne peut être réalisé sur une année, nos efforts devaient être priorisés. Pour les dix carrés militaires et leurs mille trois cent quatre tombes du cimetière d’Anjanahary à Antananarivo il y avait même urgence.

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État des tombes après débroussaillage - mars 2013.

Il faut entrer dans le cimetière d’Anjanahary. La route longe d’abord son mur couleur brique puis on accède à une entrée sans âge gardée par deux maisonnettes dont une décoiffée, présente de fait perpétuellement hommages aux dames qui entrent. La première impression est chaotique. Les lieux fourmillent d’activités, jeux d’enfants, raccourcis pour gens pressés, tanières de miséreux, tailleurs de pierre au travail, flâneries assises au bord des tombes, corvée d’eau au robinet. Un flot disparate défile par le portail ouvert en tout temps et se disperse dans les allées. Chaque jour est jour de travail et même le recueillement n’empêche pas des va-et-vient permanents et, ça et là, quelques îlots de désœuvrement.
Le sol est perturbé, les pavés disjoints, les sépultures amoncelées, la végétation envahissante. La nature empiète inexorablement la pierre ouvrée. Les herbes couvrent les dalles. Les racines écartent les briques. Le solide cède au fragile.

L’organisation du cimetière semble relever du hasard mais il conserve malgré tout cette allure réconfortante d’un Père Lachaise. Les allées sont dallées. Des monuments de sobriété pieuse ou d’un romantisme élaboré sont placés sous la garde de grands filaos aux allures de cyprès bedonnants. Leurs épitaphes et les prières soudent la mémoire, la tradition, l’histoire. Elles prêchent l’importance de la famille, du devoir, de la colonie, d’une œuvre ou se contentent d’un simple mot : père, épouse, fils, … souvent ces trois lettres PPL, priez pour lui. Malgaches, françaises ou chinoises, elles font plonger dans les sagas familiales, évoquent des romances, des alliances, cachent aussi leurs secrets et des intrigues.
L’opulence de certaines sépultures, intenses de confiance, dégagent leur droit d’immortalité et sont bien éloignées des tombes des pauvres et de nos soldats. Pour ces derniers peu de tombes narcissiques. Une dalle blanche, une stèle, une croix, une date, un nom. Nos sépultures sont sobrement alignées sur des lignes tracées par un cordeau hésitant et forment des étendues rassurantes parmi l’enchevêtrement des monuments, des pierres et des broussailles. Anjanahary pourrait être un cimetière de France. D’ailleurs comment ne pas ressentir les émotions d’un Pierre Loti dans son retour à Ning-Hai où les portes franchies, on a tout à coup le sentiment inattendu d’arriver sur un sol de France.

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Tombes rénovées - juillet 2013.

Comme à Ning-Hai en 1900, ce 24 juillet 2013 est un jour sombre et froid. L’Ambassadeur de France vient voir l’état des travaux engagés il y a cinq mois. Il s’avance au milieu des nouveaux murs blancs autour des carrés, des tombes refaçonnées, des inscriptions retrouvées. Mais la visite du chantier se transforme peu à peu et, loin de l’agitation, face à la beauté dépouillée des sépultures, Monsieur l’ambassadeur prend le temps d’observer chaque tombe pour mieux faire connaissance avec ceux qui reposent là. Une émotion de France retrouvée écrivait Loti

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Visite de l’Ambassadeur accompagné de l’Attaché de défense.
Col Nicolas GRAFF
Attaché de Défense

Dernière modification : 26/07/2013

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