Remise d’insigne de chevalier dans l’ordre national du mérite a Soeur Marie-Christine

Discours prononcé par l’ambassadeur de France à Madagascar, Jean-Marc Châtaigner, à l’occasion de la remise d’insigne de chevalier dans l’ordre national du mérite à Soeur Marie-Christine, le 19 Mars à 19h30 à l’alliance française d’Ambatondrazaka

Ma sœur,

Il y a dans les activités d’un Ambassadeur des moments privilégiés, rares et plaisants. Celui qui nous réunit aujourd’hui en est un.

Il y a un peu plus d’un an j’avais saisi les services du ministère des Affaires étrangères et européennes en charge des décorations officielles françaises afin de proposer que vous soyez élevée dans le grade chevalier de l’Ordre National du Mérite. Dès lors que je vous avais rencontré et aussi pris connaissance de votre vie, de votre œuvre, cette proposition allait pour moi de soi. La rédaction du mémoire de proposition me confortait alors à chaque phrase que je posais que vous auriez dû depuis longtemps déjà recevoir la reconnaissance de votre pays.

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La réponse à ma proposition fut évidemment positive et nous voici réunis aujourd’hui pour vous honorer dans cette ville, cette région ; où vous continuez de faire œuvre de partage et de don au bénéfice des populations au sein desquelles vous vous êtes intégrées depuis si longtemps.

Ma sœur, vous êtes née Renée Marie Marguerite Cibert, le 21 février 1937 à Gignac, dans le Périgord Vert. Il y a un peu plus de 75 ans ; nous aurions presque pu fêter dans le même temps votre anniversaire et cette célébration dans l’ordre du mérite national....

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Vous êtes donc née dans la partie septentrionale du Périgord (pour ceux dont la géographie de cette région d’origine de sœur Marie Christine est peu familière, je rappellerais qu’il ya quatre Périgord, le Périgord blanc juste au sud du vert, les Périgord pourpre et noir plus au Sud). Le Périgord vert bombé de plateaux ondulés doit son nom à ses bois et ses prairies ceinturées de haies. Ce vert du Périgord et ces plateaux que vous avez retrouvés à Madagascar au début des années soixante...

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Vous étiez la sixième enfant d’une fratrie de 9 enfants. Là aussi, par votre histoire familiale, vous étiez préparée à comprendre et appréhender avec sympathie certaines des caractéristiques de la société malgache.

Dans le siècle passé, où la vie n’était pas toujours facile, les circonstances familiales et locales ne vous ont pas permis d’entrer à l’école secondaire. Vous reprendrez vos études une fois entrée dans les ordres et c’est à Diego Suarez que vous passerez votre brevet en 1963 un an après votre arrivée dans la Grande île.

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Un an auparavant, en octobre 1962, le 28 octobre 1962, vous aviez prononcé vos vœux, entrant dans la communauté des sœurs salésiennes missionnaires de Marie immaculée ; branche religieuse missionnaire de la Société des Filles de saint François de Sales, consacrée à la mission universelle de l’Eglise, plus particulièrement à l’évangélisation de la femme et des plus pauvres.

Je voudrais insister quelques instants sur cette entrée dans la communauté des sœurs salésiennes missionnaires de Marie Immaculée et souligner combien celle ci semble avoir été a posteriori tellement naturelle et juste pour tous ceux qui vous connaissent.

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De St François de Sales (né le 21 août 1567), on sait qu’il pouvait parfois paraître fragile et vulnérable mais qu’il était ferme et courageux. C’était un humaniste à la riche personnalité et au grand équilibre. Un affectif, mais jamais victime de sensiblerie. C’était un homme de cœur ; aimant la sérénité, d’une douceur acquise à force de patience et de remise de soi entre les mains de Dieu ; un homme de justice tout en sachant être indulgent, conciliateur mais pas naïf ; affectionnant la multiplicité qu’il gère avec humour et ayant l’art de simplifier ce qui est compliqué. St François se méfiait de l’affectation et des apparences, valorisant la motivation et la qualité du cœur comme l’illustre cette prédication (lettre à Mgr Frémot 1604) "Il faut que vos paroles soient enflammées, non par des cris et des actions démesurées, mais par l’affection intérieure. Il faut qu’elles sortent du cœur plus que de la bouche. On a beau dire mais le cœur parle au cœur, la bouche ne parle qu’aux oreilles"

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St François était un réaliste privilégiant la voie de la simplicité et de l’humilité ; "Ce n’est pas par la grandeur de nos actions que nous plaisons à Dieu, mais par l’amour avec lequel nous les faisons"."Tout faire par amour et rien par force" (Lettre à Jeanne de Chantal du 14 octobre 1604), disait-il aussi.
Vous aurez compris, qu’en évoquant St François de Sales, ce sont aussi les qualités de cœur, d’humilité, de don de soi qui caractérisent Sœur Marie Christine que je voulais mettre en exergue. Mais je sais sa modestie et la gêne que j’aurais provoqué chez elle en lui faisant directement cette adresse.

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Pourtant c’est bien cet enseignement salésien que vous avez suivi et pratiqué au quotidien depuis plus d’un demi siècle à Madagascar.

Arrivée le 30 novembre 1962, vous aviez vingt cinq ans, vous avez alors été institutrice dans différentes écoles malgaches pendant 27 ans (côte Nord Est : Sambava 1963-1964 et 1975-1988 ; Amparafaravola, 1964-65 et 75-76 ; Maroantsetra, 1965-74) vous mettant au service des enfants malgaches, œuvrant au développement de ce pays.

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Tout en enseignant, vous avez conduit une œuvre missionnaire et solidaire auprès de populations rurales, essentiellement sur la côte Nord Est, vivant dans des zones forestières et enclavées souvent touchées par des calamités naturelles.

Vous devrez renoncer à votre carrière enseignante quand des problèmes de santé vous amèneront à devoir rejoindre Antsirabé (1988-89) après que vous ayez passé un an en France (opération de la rétine)

Mais vous ignorez le sens du mot "retraite" ; en ces temps de débats électoraux en France, ceux sur l’âge du départ à la retraite doivent vous être un peu étrangers voire étranges....!!!

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En 1989, vous quittez les hauts plateaux du centre de Madagascar pour rejoindre Moramanga (1989-93), Maroantsetra (1993-1996) et enfin depuis 1997 Ambatondrazaka. Vous avez depuis 1989 poursuivi votre travail quotidien, toujours par amour de votre prochain, de vos frères et sœurs malgaches, au bénéfice des plus pauvres, des femmes et des enfants notamment. Vous êtes restée active au service de votre congrégation ainsi que de l’enseignement religieux

Je sais Chère Sœur Marie Christine que cette cérémonie est pour vous un supplice.

Humble parmi les humbles, vous minimisez et excluez toute idée de reconnaissance des activités nombreuses que vous avez menées auprès de populations avec lesquelles vous avez partagé votre foi, vos connaissances acquises à force de volonté.

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Vous avez la certitude que l’enseignement est la voie d’émancipation des plus pauvres. Vous avez toujours plaidé avec talent et conviction pour l’oeuve scolaire en ayant bien le soin de toujours avoir en tête cette forte pensée de St François de Sales "ne semez point vos désirs dans le jardin d’autrui...."

Chère sœur Marie Christine, Ma Chère sœur, je vais maintenant mettre un terme à votre tourment en vous redisant notre reconnaissance et notre admiration pour le modèle exceptionnel que vous êtes ; modèle de dévouement et d’humanisme.

Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous promeus Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

Dernière modification : 23/03/2012

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