Réception en l’honneur de la communauté éducative française (08.06.2011)

Discours de SEM Jean-Marc CHATAIGNER Ambassadeur de France à Madagascar A l’occasion de la réception en l’honneur de la communauté éducative française de Madagascar

Le 08 juin 2011

Chers professeurs, chers élèves, chers membres de l’administration du Lycée, chers
amis,

J’ai l’habitude, vous le savez, de commencer parfois mes discours par une citation ou un
proverbe. Là je n’ai pas de proverbe africain ou malgache ou normand ou auvergnat pour
entamer ce mot de bienvenue. Serais-je à cours d’inspiration ?

J’ai aussi eu la tentation de tricher en jetant un oeil sur les discours de mes illustres
prédécesseurs au risque comme le disait Woody Allen « d’être expulsé du lycée pendant un
examen de métaphysique pour avoir lu dans les pensées de son voisin… » . Je ne l’ai pas fait.
Donc, pas de proverbe introductif…mais soyez sans inquiétude, il y en aura bien un ou
deux qui viendront quand même au fil des propos.

Mes chers amis,

Je veux d’emblée vous dire le plaisir que j’ai à vous recevoir ce soir au cours d’une
manifestation dont j’ai souhaité qu’elle devienne pérenne, chaque année, au moment où
l’année se termine et à la veille des examens du brevet et du baccalauréat.
Je suis particulièrement heureux de recevoir ce soir en la résidence de France toute la
communauté éducative de l’EGD, personnels enseignants, administratifs et élèves ;
360 personnels dont plus de 200 professeurs qui travaillent dans un établissement
accueillant, au total 2900 élèves (soit 2200 familles !) ; une communauté riche de ses
différences d’origines et de statuts. Une communauté rassemblée par le partage et l’amour
d’une langue, le français et la complicité de deux cultures qui se complètent, celles de deux
pays amis : la France et Madagascar.

Je n’oublie pas non plus :
- le service pédagogique de l’AEFE, avec à sa tête une inspectrice
remarquable, Agnès Carnel et les deux conseillers pédagogiques non moins remarquables qui l’accompagnent dans sa tâche ;

- la cellule AEFE auprès du SCAC où Laurence Puig réalise un travail
exceptionnel et a apprécié l’annonce de l’arrivée prochaine d’un
coordinateur : M. Jean François Lledos.

Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde, le plus important sans doute et cela
est notamment vérifié ici, à Madagascar, où, par défaut, l’on voit combien l’éducation est au
coeur de tout développement et l’absence d’éducation au coeur de tous les freins au
développement. « Eveiller, apprendre toujours, découvrir, construire, donner du sens à nos
vies… », c’est dans le temps de l’enfance et de l’adolescence que se construisent les destins
de futurs citoyens du monde.
Beau et noble métier, mais difficile aussi par les responsabilités qui vous incombent et la
reconnaissance parfois insuffisante qui vous est accordée. La fin du XX° siècle a été un temps
de mouvements, d’accélérations brutales de l’histoire où parfois la promotion de valeurs
nouvelles et quelque fois mercantiles ont contribué à dégrader la place et le rang qui étaient
donnés aux enseignants dans la société.
Votre métier n’est pas simple. Il est souvent difficile. Il reste magnifique.
Vous accompagnez des enfants sur le chemin de la connaissance. Nikos Kazantsakis écrivait « Les
meilleurs professeurs sont ceux qui savent se transformer en ponts et qui invitent les élèves à
les franchir ». Un proverbe chinois lui faisant écho dit des professeurs : « vous ouvrez des
portes aux élèves, mais ils doivent les franchir eux-mêmes »…
Ce rôle d’éveil et de sublimation où vous donnez aux enfants la possibilité de se
dépasser, d’être meilleurs ; je l’ai concrètement ressenti cette année quand j’ai lu la plaquette
« Mais bon sang où sont passés les Poètes ? » ; ce travail formidable des élèves de la 1ère L et
de leur professeur Perrine Charlon-Jacquier.
Ces élèves, d’une classe un peu turbulente m’a-ton
dit, ont dans l’enceinte du Lycée avec leurs professeurs vécu un moment important, un
moment de grâce où ils ont franchi un pont.
Je n’oublie pas non plus la reconnaissance pour le
LFT qui est allé de pair avec ce prix obtenu en concurrence avec tous les lycées
d’enseignement général de France et dans le monde. Je vous demande d’applaudir
chaleureusement les élèves de 1ère L et leur enseignante.
2011 a aussi vu la reconnaissance du talent de nos jeunes élèves du primaire, encore
une fois récompensés au festival du film scolaire court de Santiago du Chili, avec une petite
merveille de film d’animation « Les 3 brigands ». Un grand merci à M. Didier Chauveau,
professeur de technologie qui anime avec talent et passion l’atelier multi-média du LFT. Je
précise que M. Chauveau contribue pour la deuxième fois à cette distinction accordée à
l’école B.

En province aussi, les talents sont là qui sont révélés grâce à vous. J’ai appris ce matin
qu’une jeune élève de seconde de Tamatave était lauréate du concours des chroniques
lycéennes, parmi des milliers de candidats en compétition ! Son texte sera édité parmi ceux
d’autres lycéens lauréats.

Les lycées français de Madagascar font parler d’eux ; les élèves des lycées français de
Madagascar sont reconnus.
On pourrait citer bien d’autres manifestations auxquelles l’EGD
est associé

  • L’exposciences,
  • Le festival des arts,
  • Les choralies,
  • La rencontre sportive.

Il convient de souligner que vous avez toujours le souci d’inscrire ces évènements
dans une logique de réseau… C’est tout à votre honneur !

Mais au-delà de ces prix, de ces reconnaissances qui évidemment font plaisir, il y a
d’abord le quotidien de votre travail. Tout ce qui n’est pas visible mais que nous savons et que
nous n’oublions pas : la fatigue nerveuse que celui qui n’est pas du métier ne peut
soupçonner. Il y a donc ce travail au quotidien et les résultats remarquables que vous obtenez.
Pour cela, messieurs et mesdames les professeurs, monsieur le Proviseur et votre, vous devez
être remerciés.
Il n’est pas aisé d’enseigner. C’est une noble tâche mais une tâche difficile. Comment
mobiliser l’intérêt de l’élève, le tenir attentif, curieux, lui donner ce goût du travail, l’aider à
se construire ? Un humoriste du siècle passé disait « si l’ennui était mortel, l’école serait un
cimetière… » Le temps est heureusement passé de l’école grisâtre du « petit chose »
d’Alphonse Daudet même si, l’éducation, c’est aussi l’apprentissage du travail du labeur, de
la rigueur et de la discipline. Il n’est pas d’ouvrage accompli sans travail de fond.
Au moment où l’année scolaire touche à sa fin, alors que se profilent les échéances des
examens, je tenais à vous part de mon appréciation, de mon soutien et de mon empathie.
Je tenais aussi à souhaiter bonne chance à vos élèves.

Vous comprendrez que mon kabary ne peut se limiter à ces considérations, essentielles
pour moi, mais où le contexte m’impose d’évoquer, par delà le LFT, le présent et l’avenir du
réseau de nos établissements à Madagascar.
Tout d’abord, mais vous le savez, je veux redire fortement ce soir combien je suis
attaché à ce réseau et aux hommes et aux femmes qui le font vivre, combien toute mon équipe
y est attachée. J’ai pu en deux ans en découvrir la richesse et l’importance. Avec mon équipe,
au sein de l’ambassade, j’en suis l’évolution et je participe activement à son devenir.
Ce réseau est malgache mais il n’existe pas en dehors, à côté, d’un ensemble qui lui est
mondial.
Ce réseau est conduit par une directrice, Mme Anne-Marie Descotes, avec laquelle
j’entretiens des rapports et des échanges constants, denses et nourris dans un dialogue positif
et fructueux où les aspérités qui parfois surgissent sont vite lissées.
Je tenais à vous dire que je connais les contraintes de l’AEFE.
Je connais aussi, nous
connaissons, les difficultés d’un environnement malgache où la crise qui dure depuis plusieurs
années a des conséquences sur notre réseau : baisse d’effectifs, difficultés à payer des droits
d’écolage etc… Ces tensions malgaches ont ébranlé, ébranlent le réseau de nos
établissements.
Je regrette, je l’ai déjà dit, je vous le répète, que certaines évolutions récentes
aient été conduites avec une concertation et des explications insuffisantes, à un rythme où l’on
regrettera que l’anticipation n’est ait pas été plus grande.
Dans le même temps, notre pays, la France, doit faire face à ses difficultés ; difficultés
budgétaires, tensions financières, mesures d’ajustement en ce qui concerne les personnels qui
touchent toutes les administrations et n’épargnent pas notre Ministère et ses opérateurs, dont
l’AEFE.
Cet ensemble de contraintes, endogènes et exogènes à Madagascar, constitue une
réalité que les discours ou les raccourcis rapides ne peuvent faire disparaitre.
En Afrique, on
entend parfois que la « Parole est action ». Et bien non, dire ne suffit pas, énoncer ne permet
pas de tordre le cou tordre aux réalités. On peut répéter à loisir de fausses évidences, elles ne
deviendront pas pour autant réalités et vérités.
A Tananarive, notre lycée évolue et va évoluer. Des moyens nous sont donnés et je me
suis battu pour qu’il en soit ainsi. Internat, collège, école D le moment venu ; les évolutions
sont positives. Elles permettront ainsi d’accueillir dans d’excellentes conditions les élèves de
province. Et c’est tant mieux.

A Tamatave, notons et saluons l’ouverture de nouveaux enseignements (40% des élèves
font du Mandarin), de nouvelles sections (STG) à la rentrée 2011 ; cette année, l’ouverture d’un
internat grâce à la volonté de l’administration, à l’implication d’un proviseur dans un dossier
dont on parlait depuis des années.
Les chantiers restent ouverts à Tamatave et il faut penser
au futur. Il faut s’assurer de la pérennité de cet internat et déjà réfléchir à la construction de
bâtiments appartenant en propre au lycée où le dossier restauration pourrait être inclus, quand
cela sera possible et dès que cela sera possible.
Je lis beaucoup de critiques sur notre réseau, parfois même = et je le regrette beaucoup =
dans la presse malgache. Nos amis malgaches doivent d’ailleurs être étonnés de voir exposés
des présentations aussi négatives de nos établissements quand on sait les problèmes de l’école
à Madagascar.
Je regrette cette exposition, au regard des réalités de ce pays, où des Français
exposent à des Français des querelles qui gagneraient à rester internes à notre communauté,
surtout lorsque ne sont pas évoquées des réalités évidentes. Notre réseau est riche de ses
infrastructures, de ses enseignants de qualité, de ses personnels. Il s’y fait beaucoup. Le
contexte peut prêter à critiques mais est-ce une bonne manière pour l’image de notre pays,
pour la France de noircir systématiquement le tableau ?

Pour ma part, je crois profondément à notre réseau, à son futur. Il est aussi évident que
la rigueur doit être au rendez vous en ces temps qui sont difficiles. Il faut gérer au mieux les
moyens qui sont les nôtres tout en ayant à l’esprit de construire pour le moyen et le long terme
et cette conviction fonde mon action, mes positions.

Je travaille avec mes collaborateurs sur le dossier du réseau de l’AEFE avec des idées
simples que je voudrais ici vous présenter :

  • d’abord les élèves ; les enfants de la communauté française ; et ceux malgaches ou étrangers qui veulent intégrer un enseignement français avec un enjeu qui est simple :
    « comment permettre à ces élèves de suivre une scolarité à la française qui puisse leur
    permettre d’accéder à des études post baccalauréat s’ils en ont les capacités »,
  • ensuite les enseignants ; comment faire en sorte que des enseignants de qualité
    puissent servir dans de bonnes conditions dans notre réseau ?

    Et je tiens à préciser, même si
    ma capacité à influer sur ce dossier reste mince et réduite à ma fonction d’ambassadeur que je
    suis particulièrement sensibilisé sur le dossier d’ISVL qui est le motif annoncé du mouvement
    du 10 juin. Mouvement dont je comprends le ressort mais dont je regrette infiniment qu’il
    puisse apparaître comme une prise d’otages en laissant peser un doute sur la tenue du
    baccalauréat. J’entends l’exaspération de certains enseignants.

  • assurer la pérennité de notre réseau à l’échelle d’un pays plus grand que la France.

    Pour faire face à ces défis, nos outils ne sont pas négligeables. Ils doivent être
    opérationnels et efficaces : des établissements homologués, des établissements conventionnés
    et des établissements à gestion directe.

Nous soutenons activement les établissements homologués ; je salue le travail qui y
est réalisé. Nous avons (et Madagascar est le premier pays où cela a été fait pour tous les
établissements homologués) signé des accords de partenariats AEFE-EH au début de cette
année. Cela n’était pas évident. Cela a été fait et j’en remercie les cadres du LFT et le SCAC
pour le travail réalisé.

Nous travaillons sur le réseau des établissements conventionnés et de l’EGD.
Des évolutions y sont en cours. Certaines ont été actées, d’autres sont à l’étude. Je
veux faire le point avec vous ce soir afin que cessent les rumeurs.

  • Concernant les lycées de Tananarive et de Tamatave, il faut avec détermination les
    conforter encore et faire en sorte que leur capacité à préparer des élèves pour des études
    supérieures de qualité soit renforcée. Vous pouvez compter sur ma détermination
  • Il n’est pas question de remettre en cause les statuts de nos collèges de province ; mais il
    est impératif que la gestion y soit rigoureuse et progressivement harmonieuse sur le
    territoire malgache. Il convient d’assurer la pérennité de ces établissements…
  • Concernant la section Lycée de Fianarantsoa, sa viabilité n’était pas assurée par un effectif, je le rappelle, de 67 élèves. J’ai reçu récemment une lettre de parents où la
    démonstration était censée être faite que la fermeture des classes de second cycle était
    coûteuse, relevait d’une logique dépensière, contradictoire avec l’objectif d’économie
    budgétaire (objectif qui n’est d’ailleurs pas dans ce cas l’objectif prioritaire). Cette
    affirmation, souvent reprise et simplifiée, m’a = je dois vous le dire = troublé. J’ai donc
    souhaité que ces affirmations qui apparaissaient contradictoires avec les énoncés de
    l’AEFE soient re-passées au crible d’une analyse approfondie. Cette étude a été conduite à
    ma demande. Elle démontre clairement, et elle sera communiquée aux différents acteurs
    concernés, que la fermeture de Fianarantsoa entrainera des économies substantielles.
  • Concernant le lycée de Diego Suarez (2nd cycle) aucune mesure n’est aujourd’hui arrêtée.
    Je suis personnellement favorable à ce qu’il soit donné une chance de développement à ce
    lycée du Nord ; mais le moment venu, qui reste à définir, il conviendra de faire un point
    objectif sur la réalité de ces classes du second cycle. Ce pari peut être gagné. Il est loin
    d’être évident. Mais ce n’est pas sûrement pas en créant l’inquiétude et la panique chez les
    parents qu’il pourra l’être.
  • Concernant les petites écoles, leur statut évoluera. Deux ont été déconventionnées. Deux
    autres pourraient l’être bientôt. Ma préoccupation concernant ces écoles est que l’AEFE
    contribue à leur pérennisation dans la nouvelle relation contractuelle qui y est établie.
    _
    Cette évolution des petites écoles est évidemment étroitement liée aux contraintes qui
    pèsent à l’échelle du réseau sur les emplois. Dans leurs nouveaux statuts, ces écoles
    échappent au plafond d’emploi. Il faut faire en sorte que les titulaires qui y enseigneront
    soient correctement rémunérés et que les associations de parents soient en situation de les
    employer.
    _
    Tout cela constitue-t-il une révolution ? Une grande casse ? Un démembrement ?
    Je ne crois pas. Surtout pas dans le contexte actuel. Ce sont plusieurs millions d’euros
    qui vont être investis. C’est une bataille de tous les jours qui est menée, dans une
    administration où les contraintes budgétaires, les restrictions en matière de personnel
    dépassent évidemment l’horizon malgache.
    _
    Je sais et je comprends le ressenti de certains de nos enseignants, la situation des
    résidents. J’ai pris connaissances de la lettre ouverte de la directrice aux résidents. Je connais
    Anne Marie Descôtes. Sa lettre témoigne de son intérêt, de son engagement.

    Je vous
    demande de croire que ce ne sont pas des mots convenus quand elle affirme « l’objectif de
    l’agence est de parvenir le plus rapidement possible à une proposition de réforme du dispositif
    qui gère l’ISVL… Cet important chantier constitue pour nous une priorité »

Edmond Gilliard a dit, je voudrais conclure sur cette belle citation « qu’il n’y a que de
bons professeurs que ceux en qui subsiste la révolte de l’élève ». Je sais votre dévouement à
tous, je voulais vous en remercier ce soir.
Chers élèves
Chers professeurs, chers membres de l’administration
Chers amis
A vous
Je lève mon verre au LFT, à notre réseau, à l’enseignement français.

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Discours Réception en l’honneur de la communauté éducative française
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Dernière modification : 14/06/2011

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