Remise de médailles de la légion d’Honneur et de l’ordre national du mérite (29.09.2011)

à Monsieur Harison Randriarimanana :

Monsieur le Ministre, cher ami,

C’est avec un plaisir non dissimulé et je dirai même affiché et revendiqué, que j’ai l’honneur de vous accueillir ce soir à la résidence de France pour la remise de cette décoration à un véritable ami de la France, et ce de longue date.

Vous avez fait l’essentiel de vos études primaires et secondaires à Majunga, avant de rejoindre la faculté des sciences de Tananarive où vous obtenez un diplôme d’études scientifiques en maths-physiques en 1979.

Vous partez ensuite pour la France quittant les hautes terres malgaches pour la plaine d’Alsace à l’Ecole nationale des ingénieurs des travaux ruraux et techniques sanitaires, aujourd’hui l’ENGEES (Ecole nationale de génie de l’eau et de l’environnement), dont vous sortez ingénieur en 1982 et complétez votre formation à l’ENSP de Rennes en 1983.

Commence alors pour vous un parcours régulier de prise en responsabilité dans le domaine de spécialisation qui est le vôtre la question du développement rural. En effet, revenu à Madagascar fin 1983, vous avez tout de suite intégré le Ministère en charge de l’Agriculture comme ingénieur d’études au sein de la Direction de l’Infrastructure Rurale puis rapidement occupé de nombreux postes de responsabilités : chef de projet, chef de service, directeur, directeur général, secrétaire général jusqu’à la fonction de ministre entre janvier 2004 et mars 2009, tour à tour ministre de l’agriculture de l’élevage et de la pêche ; de l’économie, du plan, du secteur privé et du commerce et, enfin, de l’environnement, des eaux et forêts et du tourisme).

On vous sait actif, défendant vos idées tout en sachant écouter celles des autres (une qualité que l’on aimerait trouver bien plus souvent en ce moment ! et pédagogue. On vous connaît simple et direct, traits de caractère qui rendent les relations de travail toujours efficaces. Un technocrate au meilleur sens du terme mais qui sait aussi être un grand homme de cœur. Votre goût du résultat s’est brillamment illustré par la mise en place de l’Unité de Politique de Développement Rural (UPDR), cellule de pilotage et de coordination de la politique agricole, mise en place en 1995 avec l’aide de la Coopération française. Cette cellule répondant aux problèmes liés aux déperditions des connaissances et informations techniques à la suite des crises politiques. Cette Unité, dont vous avez assuré la direction de sa création jusqu’en janvier 2007, a joué un rôle central dans les domaines aussi essentiels en matière de politique publique que la réflexion et l’aide à la décision, l’analyse et la conception de politiques de développement, la mise en cohérence de politiques de filières.

Vous avez été Ministre dans des moments difficiles. Vous avez notamment su, lorsque vous étiez Ministre correspondant pour la France, résister aux critiques démagogiques. Vous avez fait valoir avec franchise auprès des autorités de l’époque, des points de vue qui n’étaient pas toujours populaires. Vous faîtes partie des Ministres qui lors de la crise de 2009 ont tenté, sans succès malheureusement, de rapprocher les points de vue.

Le changement politique de 2009 ne vous a pas stoppé dans votre volonté de faire bouger les choses sur les questions environnementales. Vous n’avez eu de cesse depuis lors de vous rendre utile dans le secteur du développement agricole de la Grande île et sa question adjacente de l’environnement. Vous avez d’ailleurs repris des fonctions dans votre ministère d’origine et participé activement à la vie des projets Bassins versants et périmètres irrigués et Bassins versants lac Aloatra financés par l’AFD.

Toutefois, ce rapide tour d’horizon sur votre passé ne saurait être complet sans parler de la relation de franche cordialité que vous n’avez cessée de vivre depuis votre jeunesse avec notre pays. Cette proximité doit être fortement soulignée puisque vous avez tenu à l’entretenir, même (surtout devrais-je dire) lorsque vous exerciez les plus hautes fonctions, en cherchant constamment et de manière constructive, le juste équilibre dans notre relation politique bilatérale. Dernièrement, l’ardeur avec laquelle vous avez relancé l’association malgache des anciens du CEFEB, l’AMACEFEB, que vous animez aujourd’hui, matérialise je crois assez bien les liens très proches noués avec la coopération française dont l’AFD et la France en général.

à Madame Marie Noëline Rakotondrabe Ralaivelo :

(Chère) Madame Marie Noeline RALAIVELO, dite « Mme DAJ » ou « Mme Noeline », vous êtes une personnalité clé au Ministère de la Justice aujourd’hui.

Vous avez déjà une longue carrière derrière vous. Entrée dans la magistrature en 1984, vous avez exercé 13 années au Parquet, suivies de 2 années au Siège. A compter de 2000, vous quittez les juridictions pour intégrer le Ministère de la Justice que vous n’avez plus quitté : à la Direction des Réformes Législatives durant 7 ans, puis comme Directeur des Affaires Judiciaires, qui est devenue en 2008 Direction de l’Administration des Juridictions, et ce jusqu’à ce jour.

Mme DAJ, (Chère) Mme Noeline, vous avez manifesté un intérêt constant pour le travail de réforme, notamment du droit pénal et de la procédure pénale, dans le cadre notamment de la Commission de Réforme du Système Pénal (CRSP). Vos actions se poursuivent aujourd’hui avec le CICR, Médecins du Monde, Handicap IN, pour renforcer le contrôle des détentions par les juridictions et promouvoir la liberté conditionnelle, pour assurer une meilleure maîtrise de la détention préventive.

En matière pénale, vous êtes progressivement devenue la pierre angulaire de la coopération judiciaire entre les pays, en particulier en votre qualité de « point focal » de la Plateforme Justice de l’Océan Indien et pour la lutte contre le terrorisme international. Les enjeux en ce domaine sont aujourd’hui majeurs : criminalité transnationale organisée (« C.T.O. ») qui ne connaît pas les frontières, trafics en tous genres et flux financiers subséquents, traite des êtres humains (esclavage moderne, proxénétisme, pédophilie), piraterie…
Aujourd’hui, la place de Madagascar dans l’œuvre de coopération judiciaire internationale est croissante. La France, grâce à l’accord de coopération bilatéral (convention d’entraide judiciaire) qui régit nos deux pays depuis 1973, a fait l’expérience positive, et en particulier ces dernières années, de nombreux dossiers de commissions rogatoires ou de demandes d’extradition, réussis avec Madagascar, qui ont permis de traduire des auteurs français, ou des auteurs ayant commis des crimes au préjudice de victimes françaises, devant les juridictions françaises compétentes . Que l’Etat malgache en soit remercié. Que vos Services, Mme le Garde des Sceaux, en soient remerciés. Et nous savons combien la cheville ouvrière de cette action efficace, et rigoureuse dans le respect des procédures, est la Direction de l’Administration des Juridictions, en particulier Mme Noeline.

Mme DAJ, cette activité essentielle dans le domaine du droit international se double d’activités, majeures également, dans le droit local. Il s’agit de votre action quotidienne, aux côtés des professions judiciaires, que sont les avocats, les notaires, les huissiers. Vous travaillez avec ces auxiliaires de Justice pour la réforme et la modernisation de leurs ordres professionnels, afin qu’ils contribuent au mieux à une justice plus efficace, plus transparente, mieux équilibrée. De nouveaux statuts et règles déontologiques, l’instauration de l’Assistance Judiciaire pour les plus démunis, sont autant de « travaux d’Hercule » que vous avez menés, avec vos collaborateurs. Il faut évoquer encore votre implication, avec la Chaîne Pénale Economique Anti Corruption (CPEAC), la Direction de la Promotion de l’Intégrité et le Comité de Sauvegarde de l’Intégrité, dans la lutte contre la corruption en général, et contre la corruption judiciaire en particulier.

Votre écoute attentive des difficultés des juridictions, au pénal comme au civil, la réception des doléances de justiciables et votre proximité avec les auxiliaires de Justice, vous donnent une connaissance élargie et profonde de l’Institution Judiciaire, de ses atouts et progrès que vous savez défendre avec conviction, mais aussi de ses faiblesses et dysfonctionnements, que vous n’hésitez pas à dénoncer sans complaisance.

Sans pouvoir être exhaustif, je citerai enfin votre action essentielle pour la modernisation du Registre du Commerce et des Sociétés et de la publicité du Crédit Mobilier (RCS-CM) à Madagascar, pour améliorer le fonctionnement des greffes des Tribunaux de commerce et renforcer la transparence des affaires.

Dans tous les domaines cités, comme dans bien d’autres, vous avez été unanimement appréciée par les Chefs des Projets FSP de coopération franco-malgache qui se sont succédé au Ministère de la Justice depuis près de 10 ans : André Roger, Dominique Ponsot, et aujourd’hui, Claire Dollmann, qui est assistée de Céline Manceau, dans le cadre du Projet « Appui à la consolidation de l’Etat de Droit ». Parallèlement, notre Attaché de Sécurité intérieure Philippe Remanjon, qui nous a quittés cet été pour un beau poste à Fontainebleau, m’a dit souvent combien il appréciait votre disponibilité. Je crois que son successeur, le Colonel de Gendarmerie Daniel Strub, ne tardera pas à solliciter votre coopération.

Il m’a ainsi été confié que, malgré vos lourdes tâches, et vos journées de travail « élastiques », « comme un jour sans fin », vous avez plaisir à vous ressourcer en famille et à vous échapper de la capitale pour rejoindre vos terres à Ambatondrazaka où vous soignez vos rizières…
(Chère) Mme DAJ, permettez-moi de conclure en relevant que : vous êtes un artisan infatigable au service du respect du droit et de la procédure, vous avez à cœur de promouvoir le genre féminin (vous êtes membre du Bureau de l’Association des Femmes juristes pour la primauté du droit, depuis 1996) et l’expertise malagasy dans la région et à travers le monde (vous êtes expert COI, COMESA, SADEC et CNUCED).

Je suis convaincu que la distinction que j’ai l’honneur de vous remettre aujourd’hui vous encouragera à poursuivre votre action sans faiblir.

à Monsieur Solofomanhanina Rasoarahona :

Monsieur le Délégué Général du Centre d’Etudes Stratégiques et Diplomatiques, Cher Solofo

Au moment où je vais avoir l’honneur de vous remettre la décoration qui vous élèvera au grade d’officier dans l’ordre national du mérite, je réalise que si le plaisir est grand pour moi à cette occasion comme pour tous vos invités qui vous accompagnent ce soir, l’exercice n’est pas si aisé tant votre parcours et vos mérites qui justifient que vous soyez ce soir honoré sont connus de tous. Je demande donc par avance à l’assistance de me pardonner si mon propos ne leur semble pas original.

Cher Solofo, l’élévation dans un grand ordre de la république française n’est pas pour vous une nouveauté. Vous êtes déjà Chevalier des Arts et lettres, chevalier de l’Ordre National du mérite et Chevalier de la Légion d’Honneur, l’ordre le plus élevé de la république française. Votre élévation ce soir au grade d’Officier dans l’ordre du Mérite National constitue une nouvelle reconnaissance, méritée, reflétant la considération dans laquelle vous tiennent les plus hautes autorités de mon pays ainsi que la constance des liens étroits d’amitié qui vous unissent à la France.

Vous êtes né le 5 mai 1952 à Tananarive. Diplômé en 1975 de l’Ecole des Hautes Etudes Internationales de Paris (sociologie politique) et en 1979 de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, vous avez suivi une formation à la française pour ensuite mettre vos talents et vos compétences au service de votre pays, que vous complétez avec justesse par une formation à l’américaine. En 1990 vous êtes diplômé de l’Institut de Formation pour le développement International de l’Université de Washington DC.

Depuis votre retour à Madagascar, vous avez occupé des postes de haute responsabilité, témoignant au quotidien d’un engagement citoyen sans faille :

-  Conseiller en charge des relations avec les bailleurs de fonds Administrateur des Aéroports de Madagascar ;
-  Directeur du Cabinet Madagascar Investigation Conseil ;
-  Directeur-Associé au Cabinet Auditeurs Associés (de 1995 à ce jour) ;
-  Administrateur du Groupe Prey et du groupe de presse « L’express de Madagascar » (2001 à ce jour) ;
-  Délégué Général du Centre d’Etudes Diplomatique et Stratégiques (CEDS) de Madagascar (2004 à ce jour) :

Tout en occupant ces éminentes fonctions, de 1985 à ce jour, vous êtes associés à divers chantiers, missions en France et à l’Etranger, fonctions électives. Des départements ministériels font appel à vos compétences. Des bailleurs et organismes multilatéraux recourent à vos services reconnus Banque Mondiale ou PNUD pour lequel vous conduisez de nombreuses missions. Des missions importantes vous ont été confiées :
-  Elaboration du Plan d’Action Environnemental (PAE) et négociation de son financement auprès de la Banque Mondiale
-  Mise en place de l’Office National pour l’Environnement
-  Elaboration d’une stratégie pour les PME axée sur le développement des régions.

Votre parcours professionnel est exemplaire ; celui d’un citoyen malgache qui a mis son talent au service de son pays. Il a aussi été celui d’un patriote malgache ami de la France, fidèle dans ses engagements et constant dans l’attention portée aux relations entre nos deux pays.

J’ai pu depuis mon arrivée à Madagascar apprécier vos qualités humaines et professionnelles. Les échanges que j’ai eus avec vous m’ont permis de mieux comprendre votre pays, sa complexité. Ils m’ont aussi permis d’apprécier l’intellectuel, l’homme de culture qui a su nourrir sa réflexion dans un parcours riche et divers. Vous êtes connu et apprécié des acteurs français (universitaires, hommes de culture, entrepreneurs) intervenant à Madagascar.

Votre fonction actuelle de DG du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques malgache (en tant que délégué général pour l’Océan Indien) vous positionne comme un intellectuel malgache incontournable. Vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Madagascar, vous avez su aussi gagner l’estime et je crois pouvoir le dire l’amitié aussi des hommes d’affaires français. Cette fonction de Vice Président de la chambre de commerce et d’Industrie France-Madagascar, dont certains pourrait penser qu’elle a un caractère honorifique, vous l’avez assuré en des temps où cela n’allait pas de soi et où votre engagement témoignait d’une position courageuse.

Je souhaiterais insister, cher Solofo, sur les valeurs que vous défendez, ce courage tranquille et assumé dans toutes les circonstances. Vous avez toujours manifesté une attention équitable et juste à notre pays et ses ressortissants travaillant à Madagascar. Nous avons, j’ai, toujours trouvé auprès de vous un interlocuteur dont la modestie et la compétence s’accompagnaient de conseils judicieux. Pour cela aussi, il est donc naturel qu’il vous soit aujourd’hui rendu hommage.

Dernière modification : 13/10/2011

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